— On a donc loué ? demandai-je.
— Ça n’est pas fait encore, me répondit ma mère, mais ça ne tardera pas. On était pourtant bien tranquilles !
Mais elle regrettait que Mlle Mariette eût changé de quartier. Elle ne détestait point la société. Il est agréable, de temps en temps, lorsque l’on sort sur le pas de sa porte pour balayer la poussière ou pour arroser ses fleurs, d’avoir une voisine avec qui l’on puisse parler de l’état de la température et se plaindre de ces risque-tout de gamins qui sont toujours « pendus après la pompe » et qui finiraient bien par la vider si on n’y mettait pas bon ordre.
Elle avait raison. Le lendemain les ouvriers arrivèrent. Par les fenêtres grandes ouvertes du rez-de-chaussée je revis la cheminée près de laquelle se tenait Mlle Mariette lorsqu’elle pouvait laisser sa sœur seule au premier. Le papier des murs pendait, décollé. Les carreaux étaient blancs de moisissure. A midi, me dépêchant de manger, je profitai, pour revoir le premier étage, de ce que les ouvriers n’étaient pas aussi pressés que moi.
Les placards bâillaient. Je me souvins qu’il y avait sur la cheminée une haute pendule sous globe, et sur une table une réduction de la grotte de N. D. de Lourdes. Devant elle, tout le mois de mai, ces bonnes demoiselles allumaient de minuscules bougies dans de petits chandeliers de verre : la grotte en était resplendissante, et la Sainte Vierge paraissait plus blanche que pendant le jour. Je ne pouvais la regarder longtemps sans que mes paupières ne se missent à battre.
Je revis la place du lit où Mlle Annette était morte. Comme si j’avais été ébloui par la Vierge dans sa grotte, j’eus tout-à-coup les yeux brûlants.
Mlle Annette meurt. Mlle Mariette change de quartier. Pâturat ne fait pas de bonnes affaires : j’ai entendu dire en ville qu’il allait être obligé de vendre son moulin où il fait de l’huile de noix.
J’ai vu un temps où tous les samedis les cantonniers balayaient les rues. Maintenant ce n’est plus ça : ils font ce qu’ils veulent. Pour sûr qu’ils ne sont pas à plaindre : soixante francs par mois, et les médicaments pour rien quand ils sont malades.
Attendez. Je parie que c’est encore le chien de Maillard qui vient « ébuffer » nos poules dans la cour. La prochaine fois je lui casse les quatre pattes avec une bûche : j’ai averti Maillard l’autre jour.