— Allons, cette fois-ci, c’est rasé ! Je peux en faire mon deuil !
D’habitude, il ne regardait pas à son temps. Il travaillait, cinq, dix minutes de plus. Mais, ce soir-là, furieux comme peut l’être un pauvre homme que tous les bourgeois ont à leur merci, il combina de s’en aller au premier coup de sept heures : ce serait sa manière de se venger. Il arriverait chez lui. Tout de suite il boirait, tellement il avait soif, un plein pot d’eau fraîche : Mlle Francine ne serait pas là pour le voir !
A sept heures précises, il s’en alla. Il était obligé de passer devant la cuisine.
Il ne put s’empêcher d’y jeter un coup d’œil. Il ne vit point Mlle Francine, mais le verre de vin était là, sur le coin de la table !
Que faire ? Son premier mouvement fut d’entrer, de le boire. Elle avait eu besoin de sortir. Elle l’avait mis là, pensant que Poitreau, ne la voyant pas, viendrait de lui-même. Oui. Mais, si c’était pour le mettre à l’épreuve ? Pour voir s’il aurait le toupet de prendre ce verre de vin sans qu’elle l’y eût invité ? Si, ensuite, elle allait raconter cela à M. Leriche, et que M. Leriche ne voulût plus de lui ? Une minute durant — qui lui parut interminable, — il hésita, fut vraiment malheureux. Puis, tout de même, il se décida à partir.
Il traversa le parterre. Il n’eut pas la peine d’ouvrir la porte : Mlle Francine, venant de la ville, l’ouvrait du dehors. Il s’effaça pour la laisser passer, en touchant le bord de son chapeau. Elle lui dit simplement :
— Vous voilà parti, Poitreau ?
Il répondit :
— Ma foi, oui, mademoiselle Francine. Au revoir !
La porte se referma. Mais il était de plus en plus torturé. Il en oubliait sa soif. Elle ne lui avait pas parlé du verre de vin. Allait-elle l’estimer de ne l’avoir pas bu de lui-même, ou, au contraire, se fâcher de son excès de délicatesse ? Qu’allait-elle penser ? Il voulut en avoir le cœur net. Et ils n’avaient pas fait, elle, cinq pas dans le parterre, lui, cinq pas dans la rue, qu’il fit demi-tour, rouvrit la porte, et, rattrapant Mlle Francine, lui dit, en touchant de nouveau le bord de son chapeau :