Il se réveilla juste à la station où il devait descendre. Décidément, il avait toutes les chances. Le petit jour se levait sur la neige. Il eut un frisson. Il avait les pieds gelés, mais il les eut vite réchauffés, parce qu’il partit au pas gymnastique pour arriver plus vite chez lui. Il avait dix kilomètres de bonne route à faire ! Mais on eût dit qu’il avait des ailes aux talons. Et ce fut presque tout de suite qu’il arriva dans son village, et devant la chaumière de ses vieux. Le chien était dehors, cherchant on ne sait quoi. Le chien le reconnut tout de suite, malgré son uniforme, et se garda bien d’aboyer.

— C’est donc toi, Jean ? dit la vieille stupéfaite. Comment que ça se fait ? T’avais écrit que tu viendrais pour Noël !

— Ça se fait, répondit-il, que je viens plus tôt.

Il l’embrassa sur les deux joues, et son père sur une joue seulement. Puis il ajouta :

— Et je viens pour cinq jours !

Car il fallait, — Jean Mijean connaissait sa théorie ! — que le cinquième jour, à minuit au plus tard, il se fît, au poste de police, porter rentrant.

La chaumière n’avait pas changé. Il y avait toujours la cheminée où le feu ne s’éteint jamais, pas même en juillet, l’horloge, bien vieille, et qui mourra peut-être un jour, lorsque son heure aura sonné. Il revit la table sur un coin de laquelle traînaient les mêmes casseroles, et la miche de pain que l’on renouvelle tous les dix jours. Cela lui suffit pour le moment. Et il se sentit heureux. Il n’oubliait pas qu’il avait abandonné son poste. Mais, chose prodigieuse ! lui, Mijean, soldat modèle, cela ne le touchait pas. Son bonheur formait un bloc compact que rien ne pouvait entamer.

Le vieux lui dit :

— Alors, comme ça, te voilà avec des galons ? T’as dû avoir rudement du mal pour les avoir !