Et lui, le soldat modèle qui se faisait gloire de ne pas avoir une heure de consigne, il fut ravi au septième ciel lorsqu’il apprit qu’il s’en tirerait, à cause de ses bonnes notes, avec six jours de salle de police, et privation de permission pour Noël.
Privé de permission ! N’était-il pas allé au pays ? N’avait-il pas tout revu ? Ame simple, il se consola facilement, et vite. Sa punition terminée, il s’en fut au bureau de poste, envoya quatre francs à ses vieux, afin qu’ils fêtassent Noël, et il garda les cinquante centimes pour s’acheter, le soir du vingt-quatre décembre, un paquet de tabac fin, puisque ce n’était qu’en rêve qu’il avait vu le père Tharé.
LA NUIT DE LA TOUSSAINT
I
Le jour de la Toussaint, tout le monde va aux vêpres. L’église est pleine. D’habitude il n’y a personne que les vieilles filles, quelques dames et le pensionnat des sœurs. Mais aujourd’hui toutes les chaises, tous les bancs sont occupés : il y a même, sous les cloches, — c’est-à-dire sous la tribune, — des hommes debout. De toutes les fermes isolées, de tous les villages on est venu. Beaucoup, qui ne se sont pas dérangés pour la messe, tiennent à assister aux vêpres. Ils regardent, curieux, écoutent les chants liturgiques sans comprendre. Des fermières, des villageoises pieuses dont c’est le regret d’être obligées de partir, chaque dimanche, aussitôt après la messe, en prennent, des vêpres, pour leur année entière, et, tout en récitant d’interminables chapelets, ne perdent pas une syllabe des psaumes.
Voici que l’on commence à tendre le chœur d’une longue draperie noire, et que l’on apporte, à l’entrée, le catafalque préparé dans un coin. On dispose, tout autour, les hauts chandeliers ; partout apparaissent, blanches sur des cartouches noirs, des têtes de morts au-dessous desquelles deux tibias s’entre-croisent.
On sent que la mort vient d’entrer dans l’église. Sur les bonnets noirs des femmes inclinées passe comme un souffle qui sort de sépulcres entr’ouverts, et qui va gonfler les blouses des hommes restés debout, qu’ils soient dans la force de l’âge ou qu’ils s’appuient déjà sur des bâtons. Ils tressaillent, comme s’ils sentaient la mort s’attaquer à leurs os.
Des psaumes lugubres se traînent lentement, volent sous les voûtes comme des chauves-souris.
Le crépuscule arrive vite. Malgré les cierges allumés, l’église se remplit d’ombre.
L’église se remplit d’ombres. Une à une, ou par groupes, les âmes des morts poussent la porte qui bat, — dehors la bise souffle, — et viennent se ranger autour du catafalque. Plusieurs sont debout, graves ; d’autres, à genoux, pleurent ; quelques-unes font le geste de se tordre les bras. Toutes regardent les vivants qui ne peuvent les voir. Elles leur font signe. En voici qui s’en vont le long des nefs, s’arrêtent près d’une chaise, et se tiennent, immobiles, derrière quelque femme agenouillée.