Mijean lui porta le paquet, que le père Tharé lui paya dix sous. Avec ces dix sous, il s’acheta un « paquet de cinquante » : il n’en fumait pas un tous les ans !
Cette première journée passa vite, très vite.
Il rentra vers la nuit, c’est-à-dire à peu près vers cinq heures. La vieille dit :
— Comme tu dois être fatigué, on va manger la soupe tout-à-l’heure, puis on se couchera.
Ils allaient se mettre à table quand on frappa à la porte.
— Sans doute quelqu’un qui vient te voir ! dit la vieille.
Elle alla ouvrir. Mijean tournait le dos à la porte. Ce fut un gendarme qui entra et qui, avant qu’il eût eu le temps de crier, le prit par un bras. Il sursauta, voulut se défendre, et, sortant brusquement de son rêve, se retrouva dans sa guérite avec l’adjudant de semaine qui le secouait en lui disant :
— Ah ! mon gaillard ! Vous dormez étant de faction ! Et un soldat de première classe, encore ! Allez ! Votre compte est bon !
Mijean tremblait de tous ses membres, et ce n’était pas de froid. Cette fois, il eut vraiment peur de « passer au conseil ».