Les dernières prières sont dites. Les cloches sonnent de moins en moins fort. Elles vont s’arrêter. De la nuée grise la brume tombe glacée, humide. Et les vivants redescendent, à pas lents, vers la ville obscure et silencieuse, ou prennent le chemin des fermes, des villages autour desquels le vent rôde.
II
Tout-à-l’heure, comme elle était assise au coin du feu, la tête branlante, le chapelet aux doigts, elle s’est levée parce qu’elle a cru entendre frapper à la porte. Elle se disait :
« C’est peut-être quelqu’un de plus malheureux encore que moi, qui n’a point de gîte pour la nuit ? »
Elle a ouvert, mais il n’y avait personne que le vent de cette nuit de Toussaint, un vent dont la barbe blanche est humide de pluie et qui s’est précipité, transi, vers l’âtre, pour souffler sur les tisons et les ranimer. En frissonnant elle vient se rasseoir.
Elle a bien l’habitude des longues soirées. Il y a des maisons où l’on se rassemble autour de la lumière, où l’on mange la soupe en écartant les coudes sur la table. Sans doute les voisins lui disent de temps en temps :
— Mère Saintard, venez donc chez nous, une fois votre soupe mangée. Ça vous changera un peu, vous qui êtes tout le temps seule.
Mais il lui faudrait traverser la cour : c’est trop loin. Elle n’aime pas sortir « en ville », le soir !
Elle préfère rester comme ça, tranquille, au coin de son feu, à ne penser à rien, à réciter son chapelet. Silhouette immobile, elle se tient dans l’ombre. Parfois la flamme sursaute, mais n’éclaire que les arêtes de son visage : la ligne droite du nez, les lignes courbes des pommettes.
Elle prie pour son défunt, en demandant à Dieu qu’il la laisse, elle, longtemps encore sur cette terre, machinalement, par habitude. Telle quelle la vie ne lui déplaît pas. Elle dit avec une certaine fierté :