D’abord tu avais dû cesser de travailler dehors, et tu te morfondais au coin du feu. Tu ne te reconnaissais plus. Tes forces, peu à peu, s’en étaient allées. Puis tu avais dû cesser de t’occuper de l’église. Tu ne marchais plus qu’avec de grandes difficultés. Mais tu pouvais encore aller à la messe, le dimanche, jusqu’au jour où tu m’écrivis :
— Cette fois-ci, ça ne va plus du tout. C’est de pire en pire. Je suis allé à la messe le jour de la Toussaint, mais j’ai bien manqué y rester. J’ai cru que j’allais étouffer complètement. Aussi je n’y suis pas retourné depuis.
Jusqu’au jour où, te couchant, tu ne sus pas que tu ne te lèverais jamais plus. Je ne parlerai point de tes souffrances : là encore tu fus un résigné.
Mais tu es retourné à l’église. Devant le chœur ils t’ont posé. J’ai revu les tentures noires, et les têtes de morts. Toi qui avais assisté à tant d’enterrements, il me semblait te revoir aller et venir. Ma pauvre mère pleurait silencieusement. Et, comme lorsque j’étais enfant de chœur et que, moi aussi, j’assistais à des enterrements qui me déchiraient l’âme, je faisais effort pour ne pas fondre en larmes.
Tu étais là, tourné vers l’autel d’où montaient les prières, vers le chœur où les chantres imploraient pour toi la suprême pitié. Toi qui t’effaçais devant tout le monde, qui semblais toujours douter de toi-même, n’était-ce pas encore toi que j’entendais dire :
Judex ergo cum sedebit,
Quidquid latet apparebit :
Nil inultum remanebit.
Quid sum miser tunc dicturus ?
Quem patronum rogaturus