Cum vix justus sit securus ?

Ah ! C’est maintenant que je te voyais, les mains jointes, avec ton chapelet sur la poitrine, les pieds l’un près de l’autre, les yeux fermés, et tes trente années de vie exemplaire dont chacun des jours se tenait près de toi, riche de travail et de prières, disant :

— Celui-ci est un Juste, Seigneur ! Il a mérité d’entrer au Paradis.

Et c’était comme si je t’avais entendu protester :

— Non ! Je ne suis pas digne. Je ne suis pas digne !


Ils t’ont descendu dans la terre, non loin de notre ancien jardin où j’avais planté un marronnier qui est perdu pour moi, mais qui, dans dix ans, aurait eu des branches assez longues avec assez de feuilles pour que, sur un banc, tu puisses t’asseoir, te reposer à son ombre. Tu en es séparé par toute la largeur de l’étroit sentier qui rampe entre le mur du cimetière et la haie du jardin. Mais non loin de ta tombe se dresse une haute croix à l’ombre de laquelle tu dormiras longtemps.

II

Aujourd’hui me voici de retour. Mais je ne t’ai pas vu m’attendant, comme les autres années, à la barrière de la petite gare. Tu regardais si j’étais sur la plate-forme du wagon. Lorsque tu m’avais aperçu, tes yeux clignotaient un peu. Nous nous en allions par la route de l’Étang du Goulot. Des gens, que nous croisions, te disaient :

— Eh bien, vous voilà heureux que votre fils soit revenu ?