Sa mère vint s’installer à son chevet. Elle espérait malgré tout en la miséricorde de Dieu. Il avait encore pu la reconnaître et lui dire :

— Maintenant tu vas être toute seule sur la terre, maman. C’est la volonté de Dieu : il faut s’y résigner. J’avais toujours pensé que je ne vivrais pas longtemps, mais je ne voulais pas te le dire.

Peu de temps après, il perdit connaissance. Je le voyais avec sa grosse tête qui enflait encore. Je voyais sa mère qui pleurait. Je me rappelais les recommandations qu’elle m’avait faites. J’aurais voulu me crever les yeux.

Après qu’un service funèbre eut été célébré à la chapelle pour le repos de son âme, nous le reconduisîmes tous jusqu’à la route. Les marronniers de la cour sans barrière secouèrent leurs fleurs rouges sur le drap blanc qui recouvrait son cercueil. C’était une chaude matinée de juin, et les abeilles de l’abbé Charlon, notre professeur de chimie, bourdonnaient un peu partout.

Nous continuâmes à quatre, avec sa mère qui trouvait toujours des larmes et le père Savelon qui était chargé de la quatrième. Il récitait son bréviaire. Autissier et moi marchions la tête basse.

A la gare, il y eut des formalités à remplir. Heureusement le père Savelon était là : à force de pleurer, la pauvre Mme Dumas n’y voyait plus clair.

L’enterrement se fit le lendemain dans notre pays, dans ce pays qui était celui de Berlâne et le mien. On avait pour deux heures exposé son cercueil dans la petite boutique blanche. Ma mère vint m’embrasser, — elle pleurait comme si c’était moi qui fusse mort, — puis mon père qui détournait de moi ses regards.

Nous avions passé devant la maison des Labrosse, et je n’avais guère pensé à regarder si Mlle Gertrude se tenait à la fenêtre du salon.

Le cortège se mit en marche vers l’église… Je me souvins du jour où Berlâne avait porté la lourde croix…

Nous passâmes sous les plus longues branches des marronniers du presbytère : eux aussi secouèrent de leurs fleurs sur le cercueil. Peut-être l’année dernière, ce même jour de juin, était-il assis à leur ombre avec l’abbé Bichelonne qui, en décembre dernier, avait repris le chemin de l’Auvergne…