Mme Chovin et sa fille cousaient, leurs boîtes à ouvrage posées sur une chaise basse aux pieds rognés. Marie était une grosse petite fille à peu près du même âge que nous deux, mais plus intelligente que lui. Chez les sœurs, elle avait toujours les premières places. On ne pouvait savoir si plus tard elle serait laide ou jolie.

Il prenait un petit tabouret et la regardait coudre, tout en surveillant la grand’rue.

En hiver personne ne passait. Ou bien c’était une bande de gamins, ceux-ci encapuchonnés, ceux-là les oreillettes de la casquette rabattues, qui couraient, les mains dans les poches. S’il y avait de la neige, ils faisaient une glissoire le long de la rue qui dévale de l’église au Bout du Pavé. De la boutique on les apercevait. Mme Chovin disait :

— Tu ne vas donc pas jouer avec les autres ?

Il répondait :

— Non. Pour attraper du mal !… Et puis il ne faut pas que j’use mes sabots.

Mme Chovin n’aurait pas demandé mieux, puisque c’était chez elle que se fournissait Mme Dumas.

Quelques gamins s’arrêtaient pour souffler et s’amusaient à faire, du dehors, de la buée sur les vitres. Quand ils l’avaient aperçu sur son tabouret ils chantaient :

Jean-fillote

à la grolote…