Mais le pauvre prophète profond qui passa en Galilée, qui n’a jamais su ce qu’on devait faire avec lui, ni la gloire fabuleuse qui devait l’envelopper dans les âges, et qui fut utilisé — corps et âme — à d’autres fins que les siennes, je mets en fait que la critique scientifique dégage des Evangiles sa figure vivante par la même espèce d’inductions qui font retrouver celle de Socrate parmi les prestigieux développements des Dialogues de Platon.

Si j’ai pris certaines libertés avec la tradition admise, c’est que mes hypothèses me paraissaient, chaque fois, cadrer davantage avec la vraisemblance et s’approcher mieux de la vérité. Mais je crois n’avoir jamais perdu de vue cette image dont la réalité est attestée non par des scolastiques et des catéchismes, mais par le seul déroulement des trésors spirituels : au VIIIe siècle de Rome, il est venu un homme qui a tenu dans ses mains, et qui a élevé, pour les faire voir, la misère, la souffrance, et la grandeur humaines.

Je veux ajouter encore ceci :

Ces choses ne sont pas du passé, elles sont de toujours. Elles sont d’aujourd’hui.

Si j’ai lu et relu jour et nuit les Livres Saints, et étudié tant de travaux qu’on a écrits sur le Dogme, ce n’est pas pour la joie artistique de réaliser une reconstitution, et de tenter de trouver, comme un archéologue, un Evangile sans contradiction et sans tache — l’évangile de restitution.

C’est pour pouvoir m’adresser aux inquiets et aux tourmentés des temps où nous sommes — aujourd’hui que des fatalités, économiques, sociales, politiques, intellectuelles et morales, incitent l’homme à être, selon l’exemple sacré qu’il ne lui a jamais été donné que d’entrevoir, un briseur d’idoles.

C’est pour leur montrer, à tous ceux qui attendent, le parallélisme grandiose qui se dessine rigoureusement entre la décadence du monde contemporain (en son apogée de progrès matériel), et celle du monde antique : entre le christianisme naissant, et les nouveaux leviers qui se mettent à soulever l’univers.


Afin de ne pas surcharger chaque page de ce livre, j’ai renoncé à indiquer par des renvois la référence d’origine des citations qui remplissent le texte. Ces citations sont empruntées, en dehors de celles que j’ai puisées dans l’Ancien et le Nouveau Testament, à un certain nombre de livres ou de textes deutéro-canoniques ou apocriphes ou « annexes » : Evangile de Pierre, Protévangile de Jacques, Evangile de l’Enfance, Papyrus d’Oxyrhynchos, Doctrine d’Adda, Actes de Thomas, Lectionnaire syriaque-palestinien, variantes manuscrites extra-canoniques (notamment celles du Codex Cantobrigiensis), paroles non canoniques de Jésus rapportées par Clément d’Alexandrie, Origène, Saint-Augustin, le Pseudo Cyprien, le Pseudo Clément Romain, traditions musulmanes éparses (Ephrem Syrus, etc…) et Koran ; enfin littérature juive préchrétienne : l’Ascension d’Isaïe, le Livre d’Hénoch, les Oracles Sibyllins, etc…