CHAPITRE PREMIER

1. — La bonne nouvelle de Jésus, fils de Marie.

2. — Il y eut un homme nommé Matthieu, et un, nommé Jean, qui, dit-on, le virent et qui en parlèrent. Il y eut Luc et Marc qui, dit-on, en entendirent parler par Simon Pierre, et en parlèrent. Il y en eut d’autres, qui en parlèrent, après l’avoir vu, ou sans l’avoir vu. Les paroles restent ; mais les choses ne sont pas certaines.

3. — Maintenant, c’est lui qui parle à travers le monde de paroles qui furent dites sur lui.

4. — Car il n’y a qu’une vérité, et elle nous appartient à tous.

5. — Tous les matins je m’éveille dans le petit coin de la maison, où l’on m’a mis pour dormir, parce que je suis un enfant.

6. — Je suis souvent, en me réveillant, mêlé aux nuages d’un rêve, et je me dis : Voyons, qui suis-je ?

7. — Alors, les nuages noirs du rêve deviennent clairs au milieu : c’est la petite fenêtre carrée qui se crée, par laquelle on voit le village énorme. Mes yeux fabriquent les choses. Dans la chambre qui est à côté de celle où je suis, et qui est plus grande que celle où je suis, je vois ma mère qui nettoie l’âtre, à genoux. Je suis Jésus fils de Marie.

8. — Si je vois ma mère sur la terre de l’autre chambre, c’est qu’il n’y a pas de porte. Chez nous, c’est si petit qu’elle m’entendrait en ce moment, même si je lui parlais bas. Mais je ne bouge pas avant d’être beaucoup réveillé. Ni avant de voir chacune des bosses de notre gros mur gris, et la lourde cruche rouge assise sur le rebord de la fenêtre. Ni de compter mes vêtements posés sur le coffre.

9. — Je ne peux pas aller dehors comme je le voudrais, maintenant que le matin m’a fait renaître, parce que je suis menuisier à côté de mon père. A peine ai-je fini de manger, et il y a encore dans l’air le bruit fait ensemble par l’écuelle et par moi, que je vais travailler à côté de mon père. C’est dans une cour. Mon père me dit : Tiens, fais ceci ou cela, comme moi. Alors, ce qu’il fait facilement et bien, moi je le fais durement et mal, et il en sera ainsi tant que je n’aurai pas sa grandeur.