17. — J’ai vu que tous les gens, qui attendent la Révolution, attendent, par dessous, quelque chose à eux, qui est le bonheur. Ils ont ainsi deux bonheurs l’un dans l’autre, pour être plus sûrs.
18. — Mais ils se figurent que le bonheur est un objet parfait placé en avant d’eux.
19. — Quand j’aurai un nouvel enfant ! dit l’un.
20. — L’enfant, à côté de qui tout est vieux et indélicat. A qui sa mère dit : Tu es bien différent des autres (c’est là le génie des mères). Mais elle sait pourtant que la maternité finit mal : Plus tard, dit-elle, il ne sera plus mon enfant, et je serai encore sa mère.
21. — Quand j’aurai ce champ ! dit l’autre. Et ils disent : je serai enfin heureux.
22. — Et ils s’usent à attendre de palper cette idole, à savoir : le bonheur ; ils attendent, l’œil crevé, et pendant ce temps, le bonheur passe, passe, passe.
23. — Car le bonheur n’est pas une chose faite d’une pièce comme on croit, mais un mélange de bonheur et de malheur.
24. — Qui sont en nous.
25. — Car espérer, c’est avoir sans avoir.
26. — Et avoir, c’est n’espérer plus,