38. — Ou c’est comme les enfants de la rue qui disent : Nous chantons et vous ne chantez pas.
39. — Le torturé de fatigue, le maudit du travail, planté dans le champ, et dont les épaules montaient et descendaient pour changer la forme de l’étendue, m’a dit : Autrefois, j’avais faim de la terre, mais maintenant, la terre est mon malheur. Car elle est injuste.
40. — Et les cieux sont injustes dans l’affaire de la semence de pluie et de la semence de soleil.
41. — Il était pur, il était juste. Et ce pur et ce juste ouvrit la bouche pour dire ce qu’a dit Caïn : Ma peine est plus grande que je ne la puis porter. Et comme Caïn, il dit : Mais j’ai une marque qui me force à vivre.
42. — Car, dit-il, je voudrais être dans le cimetière où le méchant ne fait plus de mal à personne.
43. — Mais qu’est-ce que l’homme mortel, que l’Eternel le châtie chaque matin ?
44. — Ne me permettras-tu pas, Seigneur Dieu, d’avaler ma salive ? Que feras-tu de moi, conservateur des hommes ? Et chaque jour, au temps du soir, mes bras sont recassés.
45. — Pourquoi la lumière est-elle donnée à l’homme auquel le chemin est bouché !
46. — Et l’autre, tout seul sur la pierre de son foyer, dit : La fatigue m’a frappé de sorte que j’ai oublié de manger mon pain. Et je n’ai plus soif que de cris.
47. — Mais l’autre : On voudrait que manger et boire soient tout, mais on ne peut pas. Un jour, on voudrait que manger et boire ne soient rien, et l’on ne peut pas. Mon rêve m’est tombé de la tête au ventre.