2. — Maître, j’ai entendu parler diversement d’elles deux : la vérité et la réalité.

3. — Je lui répondis : Nous sommes toujours entre elles deux, l’une en dedans, l’autre en dehors. Vois cette rue où nous marchons : Elle semble se rétrécir au loin en avant de nous, et ses maisons ont l’air de se rapetisser à nos yeux, et pourtant, à mesure que nous la parcourons, nous voyons qu’elle est toujours aussi large, et ses maisons aussi hautes.

4. — Alors, il y a dans l’œil deux images de la rue : celle qui va se rétrécissant et celle toujours aussi large.

5. — Il dit, vite : C’est celle que tu dis en dernier, à savoir l’aussi large, qui est la seule vraie.

6. — Oui, mais l’autre est la seule réelle.

7. — Ne prends-tu pas la vérité par le mauvais bout ?

8. — La vérité pratique et la vérité théorique, la visible et l’invisible, ne sont pas deux choses différentes, mais les deux faces de ce qui est,

9. — Comme la forme d’un cercle diffère aux yeux selon qu’on est en dedans ou en dehors de ce cercle, tout en étant une.

10. — Il dit, s’éclairant pas à pas, du visage, et me montrant une vieille femme qui approchait, vêtue de noir jusqu’aux paupières dans le soleil, comme si elle avait ramassé son ombre par terre pour s’en envelopper : Elle grandit ; la-bas elle est petite, là, moyenne, ici, grande. Tout est là.

11. — Et parce que nous marchions, les maisons jouaient avec leurs longues et larges lignes d’or.