—Oui, répondit Eudore. Pas mal.
—Nous v’nons d’corvée de vin; nous avons fait not’ plein. On va rentrer ensemble, pas?
Ils descendirent à la queue leu-leu le talus de la route et s’en allèrent bras dessus bras dessous à travers le champ enduit d’un mortier gris où la marche faisait un bruit de pâte brassée au pétrin.
—Comme ça, t’as vu ta femme, ta petite Mariette, pisque tu n’vivais que pour ça, et que tu n’pouvais pas ouvrir ton bec sans nous visser un ours à propos d’elle!
La figure pâlotte d’Eudore se pinça.
—Ma femme, je l’ai vue, bien sûr, mais une petite fois seulement. Y a pas eu plan d’avoir mieux. C’est pas d’veine, j’dis pas, mais c’est comme ça.
—Comment ça?
—Comment! Tu sais que nous habitons Villers-l’Abbé, un hameau de quatre maisons ni plus ni moins, à cheval sur une route. Une de ces maisons, c’est justement notre estaminet, qu’elle tient ou plutôt qu’elle retient depuis que l’patelin n’est plus amoché par le marmitage.
«Et alors, en vue d’une permission, elle avait demandé un laissez-passer pour Mont-Saint-Eloi où sont mes vieux, et moi, ma perme était pour Mont-Saint-Eloi. Tu saisis la combine?
«Comme c’est une petite femme de tête, tu sais, elle avait demandé son laissez-passer bien avant la date qu’on croyait de mon départ en perme. Quoique ça, mon départ est arrivé, si j’peux dire, avant qu’elle ait eu son autorisation. J’suis parti tout d’même: tu sais qu’à la compagnie faut pas louper son tour. J’suis donc resté avec mes vieux à attendre. J’les aime bien, mais j’faisais tout de même la gueule. Eux, ils étaient contents de me voir et embêtés de m’voir embêté dans leur compagnie. Mais qu’y faire? A la fin du sixième jour,—à la fin d’ma perme, la veille de rentrer!—un jeune homme en vélo—l’fils Florence—m’apporte une lettre de Mariette, qu’elle n’avait pas encore son laissez-passer...