VIII
LA PERMISSION
Eudore s’assit là un moment, près du puits de la route, avant de prendre, à travers champs, le chemin qui conduisait aux tranchées. Un genou dans ses mains croisées, levant sa frimousse pâle—où il n’y avait pas de moustache sous le nez, mais seulement un petit pinceau plat au-dessus de chaque coin de la bouche—il sifflota, puis bâilla jusqu’aux larmes à la face du matin.
Un tringlot qui cantonnait à la lisière du bois, là-bas—où il y a une file de voitures et de chevaux, telle une halte de bohémiens—et qu’attirait le puits de la route, s’avançait avec deux seaux de toile qui, à chacun de ses pas, dansaient au bout de chacun de ses bras. Il s’arrêta devant ce fantassin sans armes muni d’une musette gonflée, et qui avait sommeil.
—T’es permissionnaire?
—Oui, dit Eudore, j’en rentre.
—Ben, mon vieux, dit le tringlot en s’éloignant, t’es pas à plaindre, si t’as comme ça six jours de permission dans l’bidon.
Mais voilà que quatre hommes descendaient la route, d’un pied lourd et pas pressé, et leurs souliers, à cause de la boue, étaient énormes comme des caricatures de souliers. Ils s’arrêtèrent comme un seul homme en percevant le profil d’Eudore.
—V’là Eudore! Eh! Eudore! Eh! cette vieille noix, c’est donc que t’es r’venu! s’écrièrent-ils ensuite, en s’élançant vers lui, et en lui tendant leurs mains aussi grosses que s’ils portaient des gants de laine rousse.
—Bonjour, les enfants, dit Eudore.
—Ça s’est bien tiré? Quoi qu’tu dis, mon gars, quoi?