—Oui, on sait, passe la main!
—Il en fait un chambard, c’tréteau, dans son écurie à roulettes, constate Paradis. Ça doit être la belle-mère d’un autre.
—C’est, j’parie, l’tétard du major, çui que l’véto disait qu’ c’était un veau en train de d’venir une vache.
—C’est bien organisé tout d’même tout ça, y a pas à dire! admire Lamuse, refoulé par un flot d’artilleurs portant des caisses.
—C’est vrai, concède Marthereau, pour conduire tout c’fourbi à la voile, faut pas être une bande de navets, et pas non plus une bande de flans... Bon Dieu, fais attention où c’que tu poses tes ribouis maudits, peau d’tripe, bête noire!
—Tu parles d’un déménagement. Quand j’m’ai installé à Marcoussis avec ma famille, ça a fait moins d’chichi. C’est vrai qu’ j’ suis pas chichiard non plus.
On se tait et alors on entend Cocon qui dit:
—Pour voir passer toute l’armée française qui tient les lignes—je ne parle pas de c’qui est installé en arrière, où il y a deux fois plus d’hommes encore, et des services comme des ambulances qu’ont coûté 9 millions et qui vous évacuent des 7.000 malades par jour—pour la voir passer dans des trains de soixante wagons qui se suivraient sans arrêt à un quart d’heure d’intervalle, il faudrait quarante jours et quarante nuits.
—Ah! disent-ils.
Mais c’est trop pour leur imagination; ils se désintéressent, se dégoûtent de la grandeur de ces chiffres. Ils bâillent, et suivent d’un œil larmoyant dans le bouleversement des galopades, des cris, de la fumée, des mugissements, des lueurs et des éclairs,—au loin, sur un embrasement de l’horizon, la ligne terrible du train blindé qui passe.