«Mariette et moi, on n’a pas dormi. On s’est regardé, mais on regardait aussi les autres, qui nous regardaient, et voilà.

«Le matin est venu débarbouiller la fenêtre. Je me suis levé pour aller voir le temps. La pluie n’avait guère diminué. Dans la chambre, je voyais des formes brunes qui bougeaient, respiraient fort. Mariette avait les yeux rouges de m’avoir regardé toute la nuit. Entre elle et moi, un poilu, en grelottant, bourrait une pipe.

«On tambourine à la vitre. J’entr’ouvre. Une silhouette au casque tout ruisselant, comme apportée et poussée là par le vent terrible qui souffle et qui entre avec, apparaît et demande:

«—Eh! l’estaminet, y a-t-il moyen d’avoir du café?

«—On y va, monsieur, on y va! crie Mariette.

«Elle se lève de d’sus sa chaise, un peu engourdie. Elle ne parle point, se regarde dans notre bout de glace, se touche un peu les cheveux et elle dit, tout bonnement, c’te femme:

«—J’vais préparer le café pour tout le monde.

«Quand on l’a bu, fallait s’en aller tous. Du reste, les clients radinaient chaque minute.

«—Hé, la p’tite mère! qu’i’ criaient en introduisant leur bec par la fenêtre entr’ouverte, vous avez ben un peu d’ jus. Comme qui dirait trois jus! Quatre! «Et deux encore en plus», que disait une aut’ voix.

«On s’approche de Mariette pour lui dire adieu. I’s savaient bien qu’ils avaient été bougrement de trop cette nuit; mais j’ voyais bien qu’i’s n’ savaient pas s’il était convenable de parler de c’t’ affaire-là ou de n’ pas en parler du tout.