—Ça, c’est un vieux gant d’officier en peau. J’ coupe les doigts pour boucher l’ canon d’ mon arbalète; ça, c’est du fil téléphonique, la seule affaire avec qui tu attaches tes boutons d’ capote si tu veux qu’ils tiennent. Et ici, là-dedans, tu t’dmandes c’qu’y est? Du fil blanc, solide, et pas d’ celui-là qu’t’es cousu quand on te livre des effets neufs, et qu’on r’tire avec la fourchette, du macaroni au fromage, et, là, un jeu d’aiguilles sur une carte postale. Les épingues de nourrice, a sont là, à part.
«Et ici, c’est les papyrus. Tu parles d’une biothèque.»
Il y a, en effet, dans l’étalage des objets issus des poches de Volpatte, un étonnant amoncellement de papiers: C’est la pochette violette de papier à lettres dont la mauvaise enveloppe imprimée est éculée; c’est un livret militaire dont la couverture racornie et poussiéreuse comme la peau d’un vieux routier, s’effrite et diminue de partout; c’est un carnet en moleskine éraillée bondé de papiers et de portraits: au milieu trône l’image de la femme et des petits.
Hors de la liasse des papiers jaunis et noircis, Volpatte extrait la photographie et me la montre une fois de plus. Je refais connaissance avec Mme Volpatte, une femme au buste opulent, aux traits doux et mous, entourée de deux garçonnets à col blanc, l’aîné mince, le cadet rond comme une balle.
—Moi, dit Biquet, qui a vingt ans, je n’ai que des photos de vieux.
Et il nous fait voir, en la plaçant tout près de la bougie, l’image d’un couple de vieillards qui nous regardent, l’air bien sage comme les petits enfants de Volpatte.
—J’ai les miens aussi avec moi, dit un autre. J’quitte jamais la photographie de la nichée.
—Dame! chacun emporte son monde, ajoute un autre.
—C’est drôle, constate Barque, un portrait, ça s’use à force d’être regardé. Il ne faut pas le zyeuter trop souvent et être trop longtemps dessus: à la longue, j’sais pas c’qui s’passe, mais le rapprochement fiche le camp.
—T’as raison, dit Blaire. Moi, j’trouve ça comme ça aussi, exactement.