Voyant qu’on la considère, elle nous chuchote qu’il lui faut bien cirer, ce soir même, les bottines de sa petite fille, qui est modiste à la ville, et s’y rend dès le matin.

Paradis s’est penché pour regarder mieux les bottines, et, tout à coup, il tend la main vers elles.

—Laissez ça, grand’mère, j’ vas vous les astiquer en trois temps, les p’tits croqu’nots de vot’ jeune fille.

La vieille fait signe que non, en secouant sa tête et ses épaules.

Mais mon Paradis prend d’autorité les chaussures, tandis que la grand’mère, paralysée par sa faiblesse, se débat, et nous montre un fantôme de protestation.

Il a saisi une bottine dans chaque main, il les tient doucement et les contemple un instant, et même on dirait qu’il les serre un peu.

—Sont-elles petites! fait-il avec une voix qui n’est pas la voix ordinaire qu’il a avec nous.

Il s’est emparé aussi des brosses, et se met à frotter avec ardeur et avec précaution, et je vois que, les yeux fixés sur son travail, il sourit.

Puis, quand la boue est enlevée des bottines, il prend du cirage à l’extrémité de la brosse double pointue, et il les caresse avec, très attentif.

Les chaussures sont fines. Ce sont bien des chaussures de jeune fille coquette: une rangée de petits boutons y brille.