—Il n’en manque pas un, de bouton, me souffle-t-il, et il y a de la fierté dans son accent.
Il n’a plus sommeil, il ne bâille plus. Au contraire, ses lèvres sont serrées; un rayon jeune et printanier éclaire sa physionomie et, lui qui allait s’endormir, on dirait qu’il vient de s’éveiller.
Et il promène ses doigts, où le cirage a mis du beau noir, sur la tige qui, s’évasant largement du haut, décèle un tout petit peu la forme du bas de la jambe. Ses doigts, si adroits pour cirer, ont tout de même quelque chose de maladroit, tandis qu’il tourne et retourne les souliers, et qu’il leur sourit, et qu’il pense—au fond, au loin,—et que la vieille lève les bras en l’air et me prend à témoin.
—Voilà un soldat bien obligeant!
C’est fini Les bottines sont cirées, et fignolées. Elles miroitent. Plus rien à faire...
Il les pose sur le bord de la table, en faisant bien attention, comme si c’étaient des reliques; puis, enfin, il en sépare ses mains.
Il ne les quitte pas tout de suite des yeux, il les regarde, puis, baissant le nez, regarde ses brodequins, à lui. Je me souviens qu’en faisant ce rapprochement, ce gros garçon à destinée de héros, de bohémien et de moine, sourit encore une fois de tout son cœur.
...La vieille s’agita dans le fond de sa chaise. Elle avait une idée.
—J’ vais lui dire! Elle vous remerciera, monsieur. Eh! Joséphine! cria-t-elle en se retournant dans la direction d’une porte qui était là.
Mais Paradis l’arrêta d’un large geste que je trouvai magnifique.