—Tiens, r’gard’ donc, caporal, ces gars, là-bas, i’ sont mabouls?
On voyait, sur la position canonnée, des petitesses humaines se déplacer en hâte, et se presser vers les explosions.
—Ce sont des artiflots, dit Bertrand, qui, aussitôt qu’une marmite a éclaté, courent fouiner pour chercher la fusée dans le trou, parce que la position de la fusée, de la manière qu’elle est enfoncée, donne la direction de la batterie, tu comprends; et la distance, on n’a qu’à la lire: elle se marque sur les divisions gravées autour de la fusée au moment qu’on débouche l’obus.
—Ça n’ fait rien, i’s sont culottés, ces zigues-là, d’ sortir par un marmitage pareil.
—Les artieurs, mon vieux, vient nous dire un bonhomme d’une autre compagnie qui se promenait dans la tranchée, les artieurs, c’est tout bon ou tout mauvais. Ou c’est des as, ou c’est de la roustissure. Ainsi, moi qui t’ parle...
—C’est vrai de tous les troufions, ça qu’ tu dis.
—Possible. Mais j’ te cause pas d’ tous les troufions. J’ te cause des artieurs, et j’ te dis aussi que...
—Eh! les enfants, est-ce qu’on cherche une calebasse pour planquer ses os? On pourrait peut-être bien finir par attraper un éclat en poire.
Le promeneur étranger remporta son histoire, et Cocon, qui avait l’esprit de contradiction, déclara:
—On s’y fera des cheveux, dans ta cagna, puisque déjà, dehors, on s’amuse pas besef.