Mais il ne dit rien, il va, il continue sa marche solitaire, il disparaît au tournant.

—Hier, me dit Paradis, il est venu ici même avec sa gamelle pleine de riz qu’i n’ voulait plus manger. Comme par un fait exprès c’ couillon-là, il s’est arrêté là et zig!... le v’là qui fait un geste et parle de jeter le reste de son manger par-dessus le talus, juste à l’endroit où était l’autre. C’te chose-là, j’ai pas pu l’encaisser, mon vieux, j’y ai empoigné l’abatis au moment où i’ foutait son riz en l’air et l’ riz a dégouliné ici, dans la tranchée. Mon vieux, il s’est r’tourné vers moi, furieux, tout rouge: «Qu’est-ce qui t’ prend, t’es pas en rupture, des fois?» qu’i’ m’ dit. J’avais l’air d’un con, et j’y ai bafouillé j’ sais pas quoi, que j’ l’avais pas fait exprès. Il a haussé les épaules et m’a regardé comme un p’tit coq. Il est parti en ram’nant: «Non, mais tu l’as vu, qu’il a dit à Moutreuil qui était là, tu parles d’un gourdé!» Tu sais qu’ i’ n’est pas patient le p’tit client, et j’avais beau grogner: «Ça va, ça va», i’ ram’nait; et j’étais pas content, tu comprends, parce que dans tout ça, j’avais tort, tout en ayant raison.

Nous remontons ensemble en silence.

Nous rentrons dans la guitoune où les autres sont réunis. C’est un ancien poste de commandement, et elle est spacieuse.

Au moment de s’y enfoncer, Paradis prête l’oreille.

—Nos batteries donnent bougrement depuis une heure, tu trouves pas, hein?

Je comprends ce qu’il veut dire, j’ai un geste vague:

—On verra, mon vieux, on verra bien!

Dans la guitoune, en face de trois auditeurs, Tirette dévide des histoires de caserne. Dans un coin, Marthereau ronfle; il est près de l’entrée, et il faut enjamber, pour descendre, ses courtes jambes qui semblent rentrées dans son torse. Un groupe de joueurs à genoux autour d’une couverture pliée joue à la manille.

—A moi d’ faire!