Un des joueurs, dans l’autre coin, en interpelle un autre en glapissant:

—Ben quoi? Tu joues ou tu n’ joues-t-i’ pas, face de ver?

Tirette continue l’histoire de son commandant.

—Voilà-t-i’ pas qu’un jour, on nous avait servi à la caserne de la soupe au suif. Mon vieux, une infestion. Alors un bonhomme demande à parler au capitaine et lui porte sa gamelle sous l’ nez.

—Espèce ed’ pied, exclame-t-on dans l’autre coin, très en colère, pourquoi qu’ t’as pas joué atout, alors?

—«Ah, zut alors! que dit l’ capiston. Otez-moi ça d’ mon nez. Ça empeste positivement.»

—C’était pas mon jeu, chevrote une voix mécontente, mais mal assurée.

—«Et l’ pitaine fait un rapport au commandant. Mais v’là que l’ commandant, furieux, i’ s’aboule en s’couant le rapport dans sa patte: «De quoi, qu’i’ dit, où elle est c’te soupe qui fait cette révolte, que j’y goûte?» On y en apporte dans une gamelle propre. I’ r’nifle. «Ben quoi, qu’i’ dit, ça sent bon! On vous en foutra, d’ la soupe riche comme ça!»...

—Pas ton jeu! Pis qu’il était maître, lui. Sabot! volaille! C’est malheureux, t’ sais.

—Or, à cinq heures, à la sortie d’ la caserne, mes deux phénomènes se raboulent et s’ plantent devant les biffins qui sortent, en essayant de voir s’ils n’avaient pas quelque chose qui collochait pas, et i’ disait: «Ah! mes gaillards, vous avez voulu vous payer ma tête en vous plaignant d’une soupe excellente que j’ m’ai régalé, et la commandante aussi, attendez voir un peu si j’ vais vous rater... Eh! là-bas, l’homme aux cheveux longs, l’ grand artiste, v’nez donc un peu ici!» Et pendant que l’ rossard i’ parlait comme ça, la rossinante, droite, raide comme un piquet, faisait: oui, oui, de la tête.