—On peut pas s’figurer... dit Volpatte.
...Non, on ne peut pas se figurer. Toutes ces disparitions à la fois excèdent l’esprit. Il n’y a plus assez de survivants. Mais on a une vague notion de la grandeur de ces morts. Ils ont tout donné; ils ont donné, petit à petit, toute leur force, puis, finalement, ils se sont donnés, en bloc. Ils ont dépassé la vie; leur effort a quelque chose de surhumain et de parfait.
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—Tiens, il vient d’être attigé, celui-là, et pourtant...
Une blessure fraîche mouille le cou d’un corps presque squelettique.
—C’est un rat, dit Volpatte. Les macchabées sont anciens, mais les rats les entretiennent... Tu vois des rats crevés—empoisonnés p’t’êt’ bien—près ou d’ssous chaque corps. Tiens, c’ pauv’ vieux va nous montrer les siens.
Il soulève du pied la dépouille aplatie et on trouve, en effet, deux rats morts enfoncés là.
—J’voudrais r’trouver Farfadet, dit Volpatte. J’y ai dit d’attendre au moment où on courait et qu’i’ m’a agrafé. L’pauv’ gars, pourvu qu’il ait attendu!
Alors il va et vient, poussé vers les morts par une étrange curiosité. Indifférents, ils se le renvoient l’un à l’autre, et à chaque pas il regarde par terre. Tout à coup il pousse un cri de détresse. Il nous appelle de la main et s’agenouille devant un mort.
—Bertrand!