—Assez! assez!
Dans cet acharnement des machines de mort, de ce cataclysme mécanique qui nous poursuit à travers l’espace, il y a quelque chose qui excède les forces et la volonté, quelque chose de surnaturel. Joseph, sa main dans la mienne, debout, regarde, par-dessus son épaule, l’averse d’éclatements qui crève. Il plie le cou, comme une bête traquée, affolée.
—Eh quoi, encore! Toujours, alors! gronde-t-il. Tout ce qu’on a fait, tout ce qu’on a vu... Et voilà que ça recommence! Ah non, non!
Il tombe sur les genoux, halette, jette un vain regard chargé de haine devant lui et derrière lui. Il répète:
—Ça n’est donc jamais fini, jamais!
Je le prends par le bras, je le relève.
—Viens, ça va être fini pour toi.
*
* *
Il faut patienter là, avant de monter. Je songe à aller retrouver Ramure agonisant qui m’attend. Mais Joseph se cramponne à moi, et puis je vois une agitation d’hommes autour de l’endroit où j’ai laissé le mourant. Je crois deviner: ce n’est plus la peine d’y aller.
La terre du ravin où nous sommes tous les deux groupés étroitement à nous tenir, sous la tempête, frémit, et on sent, à chaque coup, le sourd simoun des obus. Mais, dans le creux où nous sommes, nous n’avons guère de risque d’être atteints. Dès la première accalmie, des hommes, qui attendaient comme nous, se détachent et se mettent à monter: des brancardiers qui multiplient des efforts inouïs pour grimper en portant un corps et font penser à des fourmis obstinées repoussées par des successions de grains de sable; et d’autres, accouplés et isolés: des blessés ou des hommes de liaison.