—Reste un peu, me demande-t-il.

Il s’attendrit. Des larmes coulent de ses yeux. Il me tend la main et retient la mienne. Il voudrait me parler longuement et presque se confesser:

—J’ai été honnête homme avant la guerre, fait-il, tout en bavant ses larmes. J’ travaillais du matin au soir pour nourrir la smala. Et puis, j’ suis v’nu par ici pour tuer des Boches. Et maintenant, j’ai été tué... Ecoute, écoute, écoute, ne t’en va pas, écoute-moi...

—Il faut que j’emmène Joseph qui n’en peut plus. Après, je reviendrai.

Ramure leva ses yeux ruisselants sur le blessé.

—Non seulement vivant, mais blessé! Débarrassé de la mort! Ah! il y a des femmes et des enfants qui ont de la chance. Eh bien, conduis-le, et reviens... j’espère que je t’attendrai...

Maintenant, il faut gravir l’autre versant du ravin. Nous nous engageons dans la dépression difforme et malmenée du vieux boyau 97.

Tout à coup des sifflements forcenés déchirent l’atmosphère. Une rafale de shrapnells, là-haut, sur nous... Au sein de nuages d’ocre des aérolithes fulgurent et se dispersent en nuées épouvantables. Des charges roulantes se ruent dans le ciel, pour aller déflagrer et se broyer sur la pente, fouiller la colline et y déterrer les vieux ossements du monde. Et les flamboiements tonitruants se multiplient sur une ligne régulière.

C’est un tir de barrage qui recommence.

On crie comme des enfants: