A le voir ainsi piquer et dépendre en l’air des bandes d’entrailles et des loques de chair, les pieds dans les décombres hérissés, à l’extrémité du long cul-de-sac gémissant, on dirait un boucher occupé à quelque besogne diabolique.

Mais je me suis laissé choir dans un coin, les yeux à demi fermés, ne voyant presque plus le spectacle qui gît, palpite et tombe autour de moi.

Je perçois confusément des fragments de phrases. Toujours l’affreuse monotonie des histoires de blessures:

—Nom de Dieu! A c’t’endroit-là, je crois bien que les balles elles se touchaient toutes...

—Il avait la tête traversée d’une tempe à l’autre. On aurait pu y passer une ficelle.

—Il a fallu une heure pour que ces charognes-là allongent leur tir et finissent de nous canarder...

Plus près de moi, on bredouille à la fin d’un récit:

—Quand j’dors, j’rêve, et il me semble que je le retue!

D’autres évocations bourdonnent parmi les blessés inhumés là, et c’est le ronron des innombrables rouages d’une machine qui tourne, tourne...

Et j’entends celui qui, là-bas, de son banc, répète: «Quand tu te désoleras!», sur tous les tons, impérieux ou piteux, tantôt comme un prophète, tantôt comme un naufragé, et scande de son cri cet ensemble de voix étouffées et plaintives qui essayent de chanter effroyablement leur douleur.