—Moi, j’ai pas plus d’ famille que toi. Personne, que Louise—qui n’est pas d’ ma famille vu qu’on n’est pas mariés. Moi, j’ai pas d’ condamnations en dehors de quéqu’ bricoles militaires. Y a rien sur mon nom.

—Et pis après? J’ m’en fous.

—J’vas te dire: prends mon nom. Prends-le, j’te l’ donne: pisqu’on n’a pas d’ famille ni l’un ni l’autre.

—Ton nom?

—Tu t’appelleras Léonard Carlotti, voilà tout. C’est pas une affaire. Qu’est-ce que ça peut t’fiche? Du coup, tu n’auras pus d’ condamnation. Tu ne s’ras pas traqué, et tu pourras être heureux comme je l’aurais été si c’te balle ne m’avait pas traversé le magasin.

—Ah! merde alors, dit l’autre, tu f’rais ça! Ça, ben, mon vieux, ça m’ dépasse!

—Prends-le. Il est là dans mon livret, dans ma capote. Allons, prends, et passe-moi l’ tien, d’ livret,—que j’emporte tout ça avec moi! Tu pourras vivre où tu voudras, sauf chez moi où on m’ connaît un peu, à Longueville, en Tunisie. Tu t’ rappelleras et pis, c’est écrit. Faudra le lire, c’ livret. Moi, je l’ dirai à personne: pour que ça réussisse, ces coups-là, il faut motus absolu.

Il se recueille, puis il dit avec un frémissement:

—Je l’ dirai peut-êt’ tout de même à Louise, pour qu’elle trouve que j’ai bien fait et qu’elle pense mieux à moi—quand je lui écrirai pour lui dire adieu.

Mais il se ravise et secoue la tête dans un effort sublime: