Quelques vêtements de deuil font tache dans la masse et communient avec nous, mais le reste est en fête, non en deuil.
—Y a pas un seul pays, c’est pas vrai, dit tout à coup Volpatte avec une précision singulière. Y en a deux. J’ dis qu’on est séparés en deux pays étrangers: l’avant, tout là-bas, où il y a trop de malheureux, et l’arrière, ici, où il y a trop d’heureux.
—Que veux-tu! ça sert... L’en faut... C’est l’ fond... Après...
—Oui, j’ sais bien, mais tout d’ même, tout d’ même, y en a trop, et pis i’s sont trop heureux, et pis c’est toujours les mêmes, et pis y a pas d’ raison...
—Que veux-tu! dit Tirette.
—Tant pis! ajoute Blaire, plus simplement encore.
—Dans huit jours on s’ra p’t’êt’ crevés! se contente de répéter Volpatte, tandis qu’on s’en va, tête basse.
XXIII
LA CORVÉE
Le soir tombe sur la tranchée. Pendant toute la journée, il s’est approché, invisible comme la fatalité, et maintenant, il envahit les talus des longs fossés comme les lèvres d’une plaie infinie.
Au fond de la crevasse, depuis le matin, on a parlé, on a mangé, on a dormi, on a écrit. A l’arrivée du soir, un remous s’est propagé dans le trou sans bornes, secouant et unifiant le désordre inerte et les solitudes des hommes éparpillés. C’est l’heure où l’on se dresse pour travailler.