Volpatte et Tirette s’approchent ensemble.

—Encore un jour de passé, un jour comme les autres, dit Volpatte en regardant la nue qui se fonce.

—T’en sais rien, not’ journée n’est pas finie, répond Tirette.

Une longue expérience du malheur lui a appris qu’il ne faut pas, là où nous sommes, préjuger même de l’humble avenir d’une soirée banale et déjà entamée...

—Allons, rassemblement!

On se réunit dans la lenteur distraite de l’habitude. Chacun s’apporte avec son fusil, ses cartouchières, son bidon, et sa musette garnie d’un morceau de pain. Volpatte mange encore, la joue pointue et palpitante. Paradis grognonne et claque des dents, le nez violâtre. Fouillade traîne son fusil comme un balai. Marthereau regarde puis remet dans sa poche un triste mouchoir bouchonne, empesé.

Il fait froid, il bruine. Tout le monde grelotte.

On entend psalmodier, là-bas:

—Deux pelles, une pioche, deux pelles, une pioche...

La file s’écoule, vers ce dépôt de matériel, stagne à l’entrée et en repart, hérissée d’outils.