On repart plus lourdement.
—Attention au fil!
Le fil téléphonique ondoie au-dessus de la tranchée qu’il traverse par places entre deux piquets. Quand il n’est pas assez tendu et que sa courbe plonge dans le creux, il accroche les fusils des hommes qui passent, et les hommes pris se débattent, et déblatèrent contre les téléphonistes qui ne savent jamais attacher leurs ficelles.
Puis, comme l’enchevêtrement fléchissant des fils précieux augmente, on suspend le fusil à l’épaule la crosse en l’air, on porte les pelles tête basse, et on avance en pliant les épaules.
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* *
Un soudain ralentissement s’impose à la marche. On n’avance plus que pas à pas, emboîtés les uns dans les autres. La tête de la colonne doit être engagée dans une passe difficile.
On arrive à l’endroit: Une déclivité du sol mène à une fissure qui bée. C’est le Boyau Couvert. Les autres ont disparu par cette espèce de porte basse.
—Alors, faut entrer dans c’ boudin?
Chacun hésite avant de s’engloutir dans la mince ténèbre souterraine. C’est la somme de ces hésitations et de ces lenteurs qui se répercute dans les tronçons d’arrière de la colonne, en flottements, en engorgements avec parfois des freinages brusques.
Dès les premiers pas dans le Boyau Couvert, une lourde obscurité nous tombe dessus et, un à un, nous sépare. Une odeur de caveau moisi et de marécage nous pénètre. On distingue au plafond de ce couloir terreux qui nous absorbe, quelques rais et trous de pâleur: les interstices et les déchirures des planches du dessus; des filets d’eau en tombent par places, abondamment, et, malgré les précautions tâtonnantes, on trébuche sur des amoncellements de bois; on heurte, de flanc, la vague présence verticale des madriers d’étai.