—Trop beau pour être vrai! dit l’autre.

Mais le troisième dit:

—C’est parce que c’est vrai que c’est beau. Ça n’a pas d’autre beauté: alors!... Et ce n’est pas parce que c’est beau que ça sera. La beauté n’a pas cours, pas plus que l’amour. C’est parce que c’est vrai que c’est fatal.

—Alors, puisque la justice est voulue par les peuples et que les peuples sont la force, qu’ils la fassent.

—On commence déjà! dit une bouche obscure.

—C’est sur la pente des choses, annonça un autre.

—Quand tous les hommes se seront faits égaux, on sera bien forcé de s’unir.

—Et il n’y aura pas, à la face du ciel, des choses épouvantables faites par trente millions d’hommes qui ne les veulent pas.

C’est vrai. Il n’y a rien à dire contre cela. Quel semblant d’argument, quel fantôme de réponse pourrait-on, oserait-on opposer à cela: «Il n’y aura pas, à la face du ciel, des choses faites par trente millions d’hommes qui ne les veulent pas.» J’écoute, je suis la logique des paroles que profèrent ces pauvres gens jetés sur ce champ de douleur, les paroles qui jaillissent de leur meurtrissure et de leur mal, les paroles qui saignent d’eux.

Et maintenant, le ciel se couvre. De gros nuages le bleuissent et le cuirassent en bas. En haut, dans un faible étamage lumineux, il est traversé par des balayures démesurées de poussière humide. Le temps s’assombrit. Il va y avoir encore de la pluie. Ce n’est pas fini de la tempête et de la longueur de la souffrance.