[37] Ibid., p. 23-24.
[38] De la prière, p. 23.
[39] De la prière, p. 23-24.
[40] La religion pure et sans tache, p. 6. — Il est à peine besoin de dire que Christophe Dieterlen n’entendait pas ces déclarations au sens où les entendraient W. James, Lange, Ribot.
[41] Étude sur la religion de la Bible, p. 31.
Voilà jusqu’à quel point un chrétien dégagé de tous les scrupules de vaine métaphysique, ose ouvertement, à la divinité de Dieu, joindre ce qu’il a si bien appelé l’humanité de Dieu ! Voilà jusqu’à quel point, foulant aux pieds tous les préjugés et toutes les pudeurs scolastiques, à la religion de l’homme pour Dieu, il ose joindre hardiment la religion de Dieu à l’égard de l’homme ! Et où donc, dans toute l’histoire de notre race, l’humanité de Dieu apparaît-elle avec plus de force, faisant vibrer ce qu’il y a de plus intime et de plus profond dans les émotions de notre âme, qu’en Jésus-Christ Fils de l’homme et Fils de Dieu, en Jésus-Christ, l’homme parfait qui a pu dire : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » ? Où donc dans toute l’histoire de notre race, la religion de Dieu à l’égard de l’homme se marque-t-elle en des traits plus touchants que dans cet Évangile où notre cœur frémissant contemple et adore un Dieu qui donne au monde, un Dieu qui sacrifie à l’homme son Fils bien-aimé, un Dieu qui prie, qui supplie l’homme d’agréer ce sacrifice et de se réconcilier avec lui ! Voilà le Dieu amour qui provoque l’amour ! Voilà le Dieu qu’il faut au vrai sentiment religieux ! Un tel Dieu — laissez-moi enfin le proclamer — un tel Dieu est trop humain pour avoir été inventé par l’homme ! Et je conclus : dire que nulle part la personnalité de Dieu n’a été plus profondément sentie que dans le christianisme, c’est dire qu’aucune autre religion n’a été plus religieuse que le christianisme, c’est dire en vérité que le christianisme est la religion par excellence, la religion parfaite, et dire que le christianisme est la religion parfaite, c’est dire que Dieu existe, que l’Évangile vient de Dieu, et que Jésus est bien le chemin, la vérité et la vie[42].
[42] Est-il besoin de dire qu’il s’agit ici d’une induction, non d’un syllogisme ? On trouvera des inférences de ce genre développées dans les ouvrages de l’Américain Fiske.
II
Le sentiment religieux est un sentiment qui se déploie dans des relations personnelles entre l’homme et une divinité conçue comme personnelle. Mais de même que la vie sociale ne se réduit pas au sentiment social, de même aussi la religion ne se réduit pas au sentiment religieux. Dans des relations vivantes de personne à personne, c’est la personne tout entière qui se trouve et ne peut pas ne pas se trouver engagée. Or, au point de vue psychologique, dans la constitution de l’être humain, le sentiment n’est pas tout : la volonté, l’intelligence s’y montrent aussi intégrés. Est-il besoin de protester que nous n’avons aucune superstition pour le chiffre 3 et que nous tenons pour bien et dument enterrée la vieille théorie classique des facultés séparées, des entités chères à la philosophie écossaise et à la philosophie éclectique ? Il est plus nécessaire de repousser toutes les tentatives faites pour réduire un de ces termes à l’autre, de nous refuser comme M. Ribot à voir dans les états affectifs des états secondaires, dérivés, superficiels, « de l’intelligence confuse », de résister aux efforts dialectiques de Secrétan pour faire sortir l’intelligence de la volonté par un retour ; une réduplication sur soi-même : la méthode psychologique ne sanctionne pas ces subtiles transformations métaphysiques. Autre chose est le sentir, autre chose le vouloir, autre chose le penser.
Mais alors se posent deux questions :