Cultivez donc dans tous les sens et développez hardiment votre intelligence, Messieurs, et ne vous lassez pas de la féconder et de l’enrichir. Souvenez-vous seulement de l’avis que donnait saint Vincent de Paul à ceux qui entreprenaient des études théologiques. Il leur répétait « qu’à chaque fois que leur entendement était éclairé d’une nouvelle connaissance, il fallait échauffer la volonté, et se servir de l’étude comme d’un moyen pour s’élever à Dieu. » Souvenez-vous de l’exhortation que Saint-Cyran adressait à Arnauld : « Il faut vous bâtir une bibliothèque intérieure, et faire passer dans votre cœur toute la science que vous avez dans la tête, pour la faire remonter ensuite et répandre lorsqu’il plaira à Dieu. » Souvenez-vous aussi de la parole de Bossuet : « Malheur à la connaissance stérile qui ne se tourne point à aimer ! » Souvenez-vous, enfin, de la recommandation de Gerson : « Ce que tu dis, ce que tu entends, ce que tu penses, fais-le passer aussitôt dans le sentiment, trahe confestim in affectionem. » Oui, Messieurs, par une constante tension morale de votre vouloir, transformez en sentiment, transformez en tendance immanente et profonde de votre être, toutes les connaissances que vous pouvez acquérir. Ce travail n’est pas moins indispensable que l’autre, si vous voulez que vos études soient pour vous autre chose qu’une préparation scientifique sans lien avec la vie. Prenez soin, ajouterai-je, d’éviter la dissociation toujours menaçante entre l’élément individuel et l’élément social de la piété. Ne négligez pas la méditation et la prière pour vous éparpiller sans mesure dans les nombreuses et excellentes sociétés d’activité morale et sociale et chrétienne qui se sont développées parmi vous ! Ne négligez par non plus cette dépense saine, féconde et nécessaire de vos jeunes énergies pour vous concentrer exclusivement dans le silence et la retraite ! En un mot, examinez soigneusement quelle est votre tendance dominante afin de ne pas lui laisser prendre un empire exclusif qui altérerait et mutilerait votre foi, renouvelez sans cesse en vous un viril effort pour maintenir la convergence des inclinations diverses et réaliser l’unité de votre caractère en les subordonnant au devoir et à la volonté de Dieu. Saisissez d’une seule prise la religion, dans sa plénitude de manière à la posséder simultanément et harmoniquement dans tous ses aspects, soumettez-lui toutes vos facultés et toutes vos puissances, livrez-lui votre âme et votre vie tout entières, soyez des hommes enfin, des hommes complets, des chrétiens complets, pour devenir des pasteurs complets…
Qui est suffisant pour ces choses ? demandait saint Paul… Mais sous sa plume, cette interrogation n’avait rien de pessimiste ni de découragé. Qui est suffisant pour ces choses, pensait-il, sinon nous, les apôtres du Christ, pénétrés de sa grâce et débordants de son Esprit ? Vous de même, Messieurs les étudiants, si le besoin de ce qu’Adolphe Monod réclamait pour sa conversion, si le besoin d’une « influence extérieure », si le besoin d’un attrait surnaturel pour monter à la hauteur de l’idéal d’un apôtre se fait irrésistiblement sentir à votre sincérité, allez implorer Celui qui peut et qui veut bénir. Et vous percevrez aussitôt la réponse qui ne fait jamais défaut à celui qui prie : « Ma grâce te suffit ! Toutes choses sont possibles à Dieu ! »