Il devait arriver — et cela était à souhaiter dans l’intérêt de la science comme dans celui de la piété — il devait arriver, quoique l’événement ait tardé plus que de raison, que les méthodes psychologiques fussent appliquées aux états d’âme religieux. En un sens, on a fait de la psychologie religieuse, depuis qu’il y a des hommes religieux, c’est-à-dire depuis toujours. On en a toujours fait… quand ce ne serait que sans le savoir. Mais autre chose est de faire de la psychologie religieuse sans le savoir, d’en faire en la confondant soit avec la prédication et la cure d’âmes, soit avec l’histoire, soit avec la dogmatique et la morale, — et autre chose de faire de la psychologie religieuse non seulement en sachant qu’on en fait, mais en l’isolant, en l’étudiant directement pour elle-même, et en employant dans cette étude les méthodes, les procédés, les points de vue, les résultats de la psychologie laïque contemporaine.

A ce point de vue, on peut bien dire que, de toutes les études relatives à la religion, qui ont été successivement entreprises, la psychologie religieuse est la plus récente.

Par là même, elle est la moins avancée. La liste des travaux importants déjà publiés en ce domaine est relativement brève. Quand nous aurons mentionné les publications de MM. Leuba, Starbuck, et Coe, dans le Journal Américain de psychologie, et les deux livres de MM. Starbuck[3] et Coe[4] ; quand nous aurons signalé en Angleterre l’ouvrage de M. Granger[5], en Allemagne une production anonyme introduite par une préface de M. Baumann[6] ; en France, un chapitre suggestif de M. Ribot[7], quelques études de l’Année sociologique de M. Durkheim, les articles de M. Murisier dans la Revue philosophique, bientôt réunis et développés en un petit volume[8], et enfin les notes de M. Frommel dans la Foi et la Vie ; quand nous aurons relevé ces quelques indications bibliographiques, je crois en vérité qu’il ne s’en faudra pas de beaucoup que nous ayons épuisé la littérature du sujet[9].

[3] The psychology of religion, by Edwin Diller Starbuck, with a preface by William James. London, Walter Scott, 1899.

[4] The spiritual life. Studies in the science of religion, by Georges Coe. New-York, Eaton and Mains, 1900.

[5] The Soul of a christian. A study in the religious experience, by Frank Granger. London, Methuen and Co, 1900.

[6] 4. Religionsphilosophie auf modern-wissenschaftlicher Grundlage. Mit einem Vorwort von Julius Baumann. Leipzig, Beit et Comp., 1886.

[7] La Psychologie des sentiments, par Th. Ribot. Paris, Alcan, 1896. Deuxième partie : Psychologie spéciale. Chapitre IX : Le sentiment religieux.

[8] Les maladies du sentiment religieux, par E. Murisier. Paris, Alcan, 1901.

[9] J’entends la littérature directe, car nous aurons, dans le cours même de la présente étude, à citer quantité d’auteurs qui, poursuivant un autre but immédiat, ont émis pourtant des remarques psychologiques dignes à tous égards d’être recueillies, et, suivant les cas, ou bien approuvées, ou bien discutées.