Quand les maigreurs de l’extrême jeunesse auront disparu, vers la quinzième année, Marie s’affinera. Son visage, assez froid et sérieux, prendra une charmante expression de grâce pudique et décente. L’ovale en est allongé, les contours adoucis; la bouche sourit à peine, les yeux noirs et veloutés sont un peu vagues. Mais la volonté se devine dans les traits; le nez et le front sont presque sur la même ligne droite: Marie est très jeune fille, mais reine avant tout. Elle sait à quoi l’oblige son alliance, elle garde la majesté royale.
C’est à cette époque précise, vers le temps des fêtes de son mariage, que notre portrait a été pris. Cette fois l’artiste a mis tout son esprit et toute sa conscience dans son travail. Il n’est point un homme de mestier ordinaire, car la petite reine a posé devant lui, s’est arrêtée pour lui, a daigné condescendre à ses conseils. Elle regarde devant elle, au loin, comme absorbée dans ses pensées. Le crayon ainsi obtenu n’est pas une besogne de pratique; le peintre s’est complu à ne rien omettre, à tout indiquer en vue d’une peinture définitive. Pourquoi cet anonyme ne serait-il pas François Clouet? Lui seul avait l’autorité et l’importance nécessaire pour immobiliser une reine durant quelques heures.
Une miniature représente Marie Stuart dans la pose même de notre crayon; le corps y est terminé, elle joue avec une bague. Mais le regard, l’expression restent semblables. Ce bijou, provenant de Charles Ier, appartient à la reine d’Angleterre et fait partie des collections de Windsor.
J’imagine que Charles IX vit le crayon, et que d’après cette douce et poétique ressemblance il devint amoureux fou de sa belle-sœur. Elle était retournée en Écosse, mais lui, à en croire Brantôme, «ne regardoit jamais son portrait qu’il n’y tint l’œil tellement fixé et ravi qu’il ne l’en pouvoit oster et rassasier, et dire souvent que c’estoit la plus belle princesse qui naquit jamais au monde». Malheureusement la reine Catherine ne goûtait pas ce second mariage; outre que les âges étaient différents, la reine d’Écosse était trop sous la domination des Guises. Et puis elle avait eu la langue un peu longue, un peu dure pour sa belle-mère, qu’elle nommait la Marchande de Florence; Catherine l’abandonna et la fit reconduire à ses «sauvages».
Jamais princesse n’eut plus d’adorateurs, de prétendants, et, partant, nulle ne fut davantage portraiturée. C’est, après Charles IX, don Carlos qui la convoite parce que les Flandres lui sont un «passage pour aller en Écosse». C’est aussi Philippe II, son père, ce sont des principicules allemands. Et puis les modestes, les amoureux sans espoir: le grand prieur de France, oncle de Marie, qui s’est pris de passion en la déchaussant pendant une tempête à son retour de France; Damville, de la maison de Montmorency, qui l’adore en cachette, et sur qui elle laisse tomber ses yeux. Qui sais-je encore? Ronsard le poète qui la pleure. Que devenir, s’écrie-t-il,
Quand cest yvoire blanc qui enfle vostre sein,
Quand vostre longue, gresle et délicate main,
Quand vostre belle taille et vostre beau corsage,
Qui ressemble au portraict d’une céleste image,
Quand vos sages proupos, quand vostre douce voix,