Qui pourroit esmouvoir les roches et les bois,
Las! ne sont plus icy!..
Même aussi Brantôme, le pseudo-sceptique, le vieux garçon ami des belles femmes, qu’il n’ose entreprendre. Avant son départ de France, un peintre a représenté la reine dans ses voiles blancs de veuve. Elle est apparue mille fois plus belle et séduisante; la nacre de son teint efface la blancheur des mousselines qui l’enveloppent: Brantôme, qui l’a vue le jour de ses noces, la trouve plus majestueuse, plus désirable encore dans son deuil.
Mais les joies sont passées pour la reine d’Écosse; à son arrivée dans son royaume les difficultés politiques commencent. Adieu les fêtes, les bals de Saint-Germain ou de Fontainebleau, les douces paroles françaises, les peintres ingénieux et spirituels de la cour! Des artistes maladroits voudront la peindre par delà, mais plus rien ne reste des flatteries savantes d’un Clouet. Marie est devenue une Écossaise engoncée dans ses atours de mauvais goût, une dame quelconque, que ses amoureux d’autrefois ne voudraient plus reconnaître[20].
ÉLISABETH D’AUTRICHE, Reine de France, en costume de deuil
Crayon d’Antoine Caron (?) pour Thomas de Leu
Une princesse allemande devait lui succéder sur le trône de France, candide figure que l’histoire nomme à peine, Élisabeth d’Autriche, fille de Maximilien II. La raison d’État jeta la pauvre enfant timide et craintive dans cette cour dépravée des Valois où les femmes ne comptaient que par leur impudence ou leurs vices. Elle vint, croyant trouver en Charles IX le mari tranquille que sa douce nature d’Allemande lui faisait désirer; elle se heurta à un caractère impressionnable, à un être irrésolu et mal équilibré qu’elle se mit à aimer de tout son cœur. Il sut mentir et dissimuler assez longtemps pour surprendre cette affection; mais une passion le possédait qui ne lui laissait aucun répit, c’était la belle Marie Touchet, fille d’un magistrat d’Orléans, personne astucieuse et maligne qui se flattait de ne point le perdre de sitôt. «L’Allemande ne me fait pas peur!» avait-elle dit en examinant dans ses moindres détails le portrait de la reine. Et de fait, autant Marie Touchet montrait de gaîté et d’entrain, autant Élisabeth demeurait sérieuse et retenue, fraîche pourtant et gentiment colorée, mais faisant une moue de ses grosses lèvres bourguignonnes, découvrant une expression résignée peu capable de séduire.
Aussitôt arrivée on lui fit quitter ses ajustements espagnols, sa résille, sa grosse robe en cloche, et on la vêtit à la française; elle laissa faire, mais quand, pour la hausser un peu et lui donner une taille majestueuse, on voulut la chausser de patins, elle refusa tout net; elle refusa de même le masque de velours noir et en général les coquetteries auxquelles on ne l’avait point habituée. Si l’on en croit Brantôme, elle avait une carnation magnifique, mais elle disparaissait au milieu des princesses ses belles-sœurs, surtout auprès de Marguerite.