Louis

Souvenez-vous-en!

Et il plaça, en riant, le nid dans son sac.

Je le perdis de vue dans le bois, et revins au logis.

XVIII
L’INONDATION, LA CHAINE, LA BOULE.—NAUFRAGE.

Nous avons été plus loin ensemble que je ne le supposais. M’orientant de mon mieux, je revenais tout droit vers notre belle fourmilière, lorsque je rencontrai un endroit désert, montagneux, aride, dans lequel je devais courir les plus grands dangers. Il s’agissait de ne pas traverser une vallée au fond de laquelle, au milieu d’un beau bois de Dattiers roniers, je sentais un marigot ou un ruisseau.

Mon odorat me guidait aussi bien que mes yeux, qui me montraient un fourré de bambous d’une force prodigieuse passant dans un endroit très humide, ainsi qu’on pouvait en juger par les herbes devenant de plus en plus touffues et inextricables à mesure qu’on approchait. Je dus remonter et traverser le terrain aride au milieu des pierres et des ardoises: çà et là quelques Baobabs dont les énormes fruits pendaient au milieu de feuilles rares et luisantes.

Je cherchai au pied si les animaux n’auraient pas fait tomber quelques-uns de ces fruits renfermant une farine sucrée et acide qui nous plaît beaucoup. Les hommes la mêlent à du lait et en forment un remède contre la dyssenterie, si commune en ces pays. Le matin j’avais vu les Yoloffs de Cayor se servir de lallo pour assaisonner le couscous de mes amis les Français, j’avais reconnu que ce lallo était de la feuille de Baobab, tout simplement séchée et finement filée. Le Baobab sert à tout en ce pays, même à fournir des fils d’une belle couleur.

Je trouvai facilement mon dîner au milieu de tous les débris accumulés sous les arbres par les singes et les perroquets. Puis, reprenant courage, je traversai une partie de la forêt, et, avant le soir, je me reposais au milieu de mes parents d’adoption.

J’étais là comme auprès de la lande de Pora, jamais je ne me trouvai mieux hors de mon pays natal.