Depuis quelque temps le ciel se couvrait de gros nuages noirs, le jour semblait obscurci, affaibli, gris; mes compagnons exultaient; ce bon jour doux et voilé ne les aveuglait pas comme la splendeur équatoriale des journées ordinaires: le soleil les avait quittés, c’est tout ce qu’ils demandaient. Aussi, une activité fébrile régnait dans la fourmilière. On travaillait partout: non seulement on nettoyait, mais on agrandissait les immenses souterrains déjà existants, et l’on formait une ville inférieure d’une énorme étendue.

Tout à coup, la pluie se mit à tomber, épaisse, serrée, continue. On aurait dit une nappe d’eau enveloppant la campagne. Jamais je n’avais rien vu de semblable. En France, une pareille pluie ne se produit jamais qu’au sein d’un orage violent: ici, rien de semblable, elle tombait droite, tranquille, comme si elle ne devait plus cesser. Et, en effet, elle ne cessait plus...

Au bout de deux jours, les chemins parmi les feuilles sèches et les herbes étaient impraticables pour nous; plus moyen de sortir. Et la pluie tombait toujours!...

Un matin, nous étions réunis en foule sur la grande place de la ville souterraine, moi, fort ennuyé de cette détention déjà longue et qui ne semblait pas près de prendre fin, lorsqu’un soldat éclaireur, comme on en envoyait constamment à la maraude, entra au galop et s’écria:

—Sauve qui peut!

—Quoi? qu’est-ce? qu’y a-t-il?...

—L’eau arrive!... nous allons être inondés!.....

Ce fut un moment de confusion et de panique indescriptible: je me rapprochai de mes amis et leur demandai:

—Que fait-on en cas semblable?

—Mon cher, on fait comme on peut... cela dépend de la marche que prend l’eau... Allons voir ensemble!...