Nous sortîmes, mais déjà l’ordre était rétabli parmi les ouvriers par les soldats. La colonie se formait en une colonne profonde: chacun arrivait et gagnait son rang, sans confusion, avec une prestesse et une intelligence incroyables.

La fourmilière-ville avait été bâtie, avec une très grande habileté, sur une petite éminence suffisante pour parer au danger d’une inondation. Les chasseresses n’en étaient point à leur première épreuve, et tout dénotait, dans leur sang-froid et leur activité, qu’elles avaient moyen de sortir de cette horrible position. Sans plus perdre de temps, mon ami et moi, nous gagnâmes le bord de l’eau qui coulait rapidement devant nous; nous suivîmes cette rivière improvisée, et il nous fut bientôt aisé de reconnaître qu’elle formait deux bras entourant absolument notre colline comme une île et se rejoignant au-dessous d’elle.

Toute retraite nous était fermée!

Nous avions mis quatre heures à faire le périple de notre îlot, et nous revenions à notre point de départ, lorsqu’un flot de fourmis sortit de terre à la hâte, criant:

—L’eau monte!... elle filtre à présent dans les magasins du bas!

—Quel malheur! nos provisions!.....

—La famine pour l’hiver...

—Courage, enfant! cria mon ami, une chasseresse de cœur ne se décourage jamais!... Prends confiance, nous allons vous faire un pont!

—Un pont? lui dis-je en l’interrompant; et avec quoi?

—Avec nous, donc!