Hélas! je n’étais pas au bout de mes étonnements et, aujourd’hui que, revenu à une tranquillité profonde, je repasse dans mon esprit tout ce que j’ai vu, je suis obligé de constater que nulle part n’existe rien d’aussi extraordinaire que la Nouvelle-Hollande. Si nous examinons les arbres, nous nous apercevons qu’ils ne donnent point d’ombre, quoique ornés de belles et larges feuilles, parce que ces feuilles, au lieu de se présenter horizontalement, comme chez nous, se tiennent verticales ou sur la branche. C’est pourquoi les forêts les plus épaisses, les plus splendides, comme arbres d’une hauteur prodigieuse, sont claires comme en plein champ et montrent un sol garni de hautes herbes comme une prairie. En Europe, sous les grands arbres d’une futaie, il ne pousse rien: le sol est nu, le jour est sombre, l’air frais. Là-bas, le soleil vous rôtit au milieu de la forêt la plus épaisse, comme au milieu d’un Sahara!

Autre bizarrerie pour nous autres fourmis: tous les arbres qui ne tiennent pas leur feuillage vertical portent des feuilles si découpées, si surdécoupées, qu’elles ne fournissent non plus aucun ombrage. Tous ces végétaux ont une odeur extrêmement forte, quelques-uns l’ont très agréable, mais la plupart sentent le camphre ou l’essence de térébenthine.

D’ailleurs, toutes les plantes et tous les arbres de l’Australie sont à feuilles persistantes: la plupart portent des feuilles longues et effilées qui pendent comme celles des saules pleureurs et descendent de branches gracieusement courbées. Quant à leur couleur, elle dépend de la saison, du sol et aussi de l’âge des arbres. J’ai trouvé dans les forêts des fougères en arbres, formées de larges parasols d’une richesse inimitable. Les tons du vert sont d’une richesse, d’une netteté dont nous n’avons aucune idée: plus clairs que nos arbres. Mais, ajoutez au-dessus un ciel bleu limpide, placez en dessous des terrains jaune chaud parsemés d’herbes jaunes et brillantes que la rosée fait éclore, éclairez tout cela d’un soleil splendide, et vous comprendrez pourquoi j’admire toute la journée!

Les oiseaux ne chantent point comme en France:—il y en a beaucoup moins de dangereux pour nous—au lieu des roulades du rossignol et de la fauvette, on n’entend que des cris particuliers; mais dans le nombre, il y en a d’une grande douceur, d’une expression plaintive et charmante. Ce qui m’étourdissait, c’est le nombre prodigieux des oiseaux; non, jamais la lande de Pora ne m’avait montré pareil spectacle!... Ils étaient partout, par escouades, sur les arbres, se poursuivant bruyamment, parés de leurs plumes rouges, vertes, jaunes, etc... J’étais éblouie!

Maintenant, dirai-je les animaux bizarres que j’ai rencontrés dans ces campagnes où je suis demeuré plus d’un an à trotter à droite et à gauche avant d’avoir pu trouver l’occasion de revenir au pays? La première fois que j’ai vu passer des kanguroos, je crus avoir devant moi un être ne possédant que deux pattes propres au saut et une queue puissante.

Un jour, dans le marais, au bord d’une rivière, je me trouve en face d’un être plus singulier encore: c’était une sorte de grosse taupe à courtes pattes, la tête terminée par un bec de canard! Je m’approche et je vois que ses pattes, surtout celles de devant, sont palmées, comme celles d’un oiseau d’eau. Il avait une queue de castor... Bientôt il s’enfuit dans un terrier énorme creusé derrière lui, et je le vois ressortir, près de l’eau, par deux issues, mais à une distance considérable!

Qu’est-ce cela? Un ami, depuis mon retour en France, me l’a nommé Ornithorhinque Paradoxal... Soit!... Quadrupède à bec d’oiseau m’aurait semblé meilleur dans la langue des fourmis rouges.....

Je n’étais pas encore à la fin de mes étonnements. Je me flattais que le tamanoir, notre terrible ennemi américain, ne reparaîtrait jamais à mes yeux; pas du tout! un animal existe là qui le remplace!...

Je me trouvais, un jour, dans un endroit découvert: j’étais monté—j’aimais beaucoup cela!—sur un long brin de roseau sec, quand des enfants arrivèrent en poussant de grands cris et tenant attaché par la patte un animal dont le corps, roulé en boule, me rappelle un hérisson gros comme un petit chien.

—Nicobejan! Nicobejan! criait un garçon.