C’est maintenant que je sais ce que coûte de soins une fourmi naissante! Et bientôt mon tour va venir de montrer aux larves nées d’hier le même dévouement dont on a accompagné mes premiers pas. Tel est le seul moyen que j’aie d’en témoigner ma reconnaissance.

Les soins que les ouvrières donnent aux larves ne consistent pas seulement à leur procurer une température convenable et une nourriture appropriée, mais différente, selon la classe à laquelle elles appartiennent; bien d’autres soucis nous incombent. D’abord, il nous faut les entretenir dans la plus extrême propreté. Les enfants sont partout les mêmes!... Avec nos palpes, nous savons les nettoyer parfaitement, et nos larves n’ont jamais le plus petit grain de poussière sur le corps!

LES ENFANTS SONT PARTOUT LES MÊMES.

Lorsque les larves naissent, il y a déjà un long travail de fait, car les soins commencent à la naissance des œufs. Dès que la femelle a pondu, nous autres ouvrières prenons ces œufs un à un et nous les emportons dans des salles spacieuses qui leur sont réservées. Nous n’avons pas à les couver, loin de là; mais nous avons à les maintenir dans un état constant de chaleur et d’humidité; c’est bien plus difficile: car nous devons tenir compte à chaque instant des variations que le jour, la nuit, le soleil, la pluie, le vent produisent autour de nous. On pourrait dire que nous leur faisons subir une véritable incubation à l’air libre. Nous les transportons souvent, plusieurs fois dans un même jour, d’un étage à l’autre de l’habitation.

LES ŒUFS AUGMENTENT DE VOLUME.

Tandis que nous leur prodiguons nos soins, les œufs augmentent de volume d’une manière notable, nous les faisons passer de temps à autre entre nos mandibules et nous les enduisons ainsi d’un liquide sucré que nous dégorgeons et qui, absorbé par l’œuf, profite à l’embryon que celui-ci renferme. Ces soins durent au moins quinze jours: les œufs sont nombreux et nous avons beaucoup de mal! Mais la récompense ne se fait pas attendre. La larve brise la coquille de son œuf et sort, transparente comme un verre, mais incapable de se mouvoir. Elle ressemble aux maillots que les hommes font avec leurs enfants et pour lesquels ils ont certainement pris modèle sur les fourmis. Chez les uns comme chez les autres, on distingue une tête et les segments du corps, mais aucun vestige de pattes, de membres ou d’appendices articulés.