—Il y avait une fois, dans un pays bien éloigné d’ici et dans le temps où les animaux parlaient, une assemblée générale de tous les oiseaux. Ils s’étaient donné rendez-vous afin de se choisir un roi. Naturellement, beaucoup d’opinions furent agitées, nombre de propositions sages et folles furent mises en avant. Les uns voulaient que l’on choisît le plus fort, mais les faibles n’étaient pas contents; d’autres le plus grand, mais les petits réclamaient; on proposa le plus haut, puis le plus bas, puis le plus gras et le plus maigre, puis le plus blanc et le plus noir...

—Père, tu te moques de ta fille!

—Non, chère mignonne; quand il s’agit de briguer les honneurs, tous les prétextes sont bons. Tandis que les avis se croisaient, que les cris augmentaient, quelques bonnes têtes réfléchissaient... Enfin, un certain perroquet qui avait vécu parmi les hommes, demanda et finit par obtenir le silence; il s’élança sur le bâton du président et parla à peu près en ces termes:

—Chers concitoyens, il est temps de prendre un parti et de cesser des criailleries inutiles. Tous vous avez les mêmes droits à la royauté, tous vous êtes également dignes d’occuper le trône. Qui est-ce qui fait l’oiseau? Ne sont-ce pas les ailes?... Hé bien! tous vous avez des ailes; donc, tous vous avez le même droit de vous asseoir sur le trône de notre auguste nation!...

—Bravo! bravo! cria d’une voix la troupe des compétiteurs. Vive Coco! Il a raison!

Puis le silence se rétablit.

—L’aile, c’est l’oiseau; donc la première aile sera le premier oiseau, c’est-à-dire sera notre roi. Essayons donc qui de nous aura la meilleure aile. La souveraineté appartiendra à celui qui s’élèvera le plus haut dans les airs; d’autant mieux, mes chers concitoyens, que s’approchant ainsi, plus que tout autre, du soleil, père de la nature, il sera plus à même que quiconque d’en rapporter les plus pures aspirations. J’ai dit!...

L’assemblée frémit de joie en entendant ce programme, et chacun, en secret, se mit à aiguiser ses ailes. On vota; l’épreuve fut décidée à l’unanimité. Maître Coco donna le signal et tous les concurrents partirent. Tu comprends, ma bonne petite, que l’Aigle ne fut pas le dernier à étendre ses ailes immenses: il s’élança majestueusement et monta à perte de vue, aux confins de l’atmosphère, y plana pendant une heure, se jouant des efforts de ses concurrents, et n’apparaissant plus que comme un point imperceptible aux yeux des millions d’oiseaux rassemblés. Lorsque tous ses compétiteurs fatigués eurent regagné le sol, l’Aigle plia ses voiles puissantes, se laissa descendre lentement, ainsi qu’il convient à un vainqueur, et s’adressant à ses électeurs stupéfaits:

—Suis-je bien votre roi?

—Oui! Oui! Vive l’Aigle! Vive notre roi!