—Un instant!... Pas si vite!... cria une petite voix frêle et aiguë. Modérez vos transports!... N’avez-vous pas juré de décerner la couronne à celui d’entre nous qui monterait le plus haut dans les airs?

—C’est vrai! dirent un grand nombre de voix.

—Hé bien! je me suis élevé plus haut que l’Aigle; car, blotti sous les plumes de son dos, où vous me voyez encore, il m’a, sans s’en apercevoir, enlevé avec lui, et je l’ai toujours dominé... Qui le nie?

—Il a raison!

—Il a tort!

Le tumulte est à son comble. La lettre même du serment donnait raison au petit oiseau.

Les électeurs se trouvaient dans un grand embarras.

Certes, le petit oiseau était dans son droit strict; mais comment songer à prendre pour souverain un pygmée semblable, aussi frêle qu’étourdi?... Comment pourrait-il représenter la puissante corporation des oiseaux?

A la fin, un vieux Hibou—c’est l’oiseau de Minerve—qui jouissait d’une grande réputation de sagesse, ouvrit ses yeux tout grands et fit signe qu’il voulait parler:

—Mes enfants, dit-il en grattant sa vénérable tête grise, mes enfants, le cas est grave, mais non insoluble. A mon humble avis, voici comment il faut dénouer cette difficulté. L’Aigle sera le roi, parce que seul et par ses propres forces, il est parvenu là où nul d’entre nous n’a pu arriver. Cela est incontestable.