TOUS LES PETITS OISEAUX POUSSENT DES CRIS DISCORDANTS, LA HARCELLENT DU BEC ET DES AILES
Tout à coup, une ombre passe s’élevant lentement au-dessus du grand hêtre... Mon ami pousse un cri perçant et prend sa volée d’un bond formidable. O surprise! de tous les points de la forêt des cris furieux répondent à son cri d’appel: dix, quinze, vingt petits oiseaux comme nous se précipitent... Ma foi! j’en fais autant! je m’élance, et qu’est-ce que je vois au-dessus de notre tête? L’horrible bête de la nuit s’enlevant péniblement sur ses ailes!...
Autour d’elle, dessous, dessus, tous les petits oiseaux poussent des cris discordants et la harcèlent du bec et des ailes, frappant du premier à travers le corps, des secondes sur ses gros yeux hébétés! Au premier rang, maître Jean se multipliait et frappait comme un furieux d’estoc et de taille. Ils semblaient tous un essaim de mouches attaquant un bœuf, et ils y allaient à cœur joie. Au moindre retour offensif de la grosse bête, tous faisaient retraite sur leurs ailes rapides, pour revenir plus acharnés une seconde après...
Enfin, l’oiseau nocturne activa sa fuite et disparut au loin. Quant à moi, très fatigué, quoique n’ayant suivi le combat que de loin, je rejoignis mon hêtre, et quelques instants après, maître Jean, haletant, y descendait à mes côtés.
Il était temps!
Le réveil de la forêt, les chants multiples, les murmures gracieux et doux qui remplissent les bois au soleil levant, faisaient déjà place au bruit des fanfares, à la voix des chiens, aux cris des piqueurs appuyant la meute, aux hennissements des chevaux portant chasseurs et chasseresses. La bête venait d’être lancée. Le sanglier, qui semble un animal lourd et pesant, court néanmoins très vite et fait parcourir un long trajet à ceux qui le poursuivent. Presque toujours, après s’être fait chasser au loin, il revient au lancé, c’est-à-dire aux environs de l’endroit d’où on l’a fait partir.—Restons ici, me dit Rouge-Gorge, qui savait cela; le sanglier reviendra, et nous serons aux premières places.
Nous demeurâmes donc sur notre hêtre en compagnie d’un jeune homme qui avait été placé à son pied, après le tirage des postes entre les chasseurs. Nous étions là depuis trois heures au moins, inattentifs et indifférents, causant tout bas ensemble, quand nous fûmes surpris par un craquement de branches brisées dans le fourré. C’était le sanglier qui revenait au milieu des jeunes sous-bois, les froissant sur son passage, aussi facilement qu’un chien couche les tiges du chaume dans lequel il chasse. On entendait la meute, faiblement, au loin...
Notre jeune homme saisit son fusil et prête l’oreille...