Peu rassuré d’un semblable voisinage, je pris sur moi de pousser du coude maître Jean.
—Vois!...
—Hum!... Qu’est-ce?
—Regarde qui passe au-dessous de nous.
—Damnation! s’écrie maître Jean en trépignant sur place, c’est un hideux hibou!... Oh! que ne fait-il jour, que je lui montre ce que sait faire Jean Rouge-Gorge!
—Veux-tu bien te tenir tranquille, malheureux! S’il nous voit, il ne fera qu’une bouchée de nous deux.
—Ne crains rien: il ne peut songer à nous attaquer au milieu des branches où nous sommes blottis; mais demain il fera jour... et nous verrons beau jeu!
—Merci de moi! maître Jean, calme-toi. Puisque ce vampire ne peut nous attaquer, dormons! Il sera temps de voir demain...
Enfin le jour arriva, et avec lui, le réveil de mon ami Jean Rouge-Gorge. Après avoir attentivement regardé de tous côtés, il entonna sa petite chanson matinale. A moitié endormi, je me secouai sur ma branche et je vis que, comme d’habitude, il était le premier levé, et avait réveillé les habitants paisibles des arbres voisins. Les rares oiseaux habitant la forêt à cette époque tardive de l’année, mêlaient leur ramage au bourdonnement des insectes de tout genre qui s’éveillaient aussi les uns après les autres et dont la sortie annonçait une belle journée. Les écureuils sautaient d’arbre en arbre et profitaient de ces dernières heures des beaux jours pour terminer leurs provisions. L’un y ajoutait une faîne, l’autre une châtaigne, celui-ci une noix et celui-là une pomme de pin. Tous, à l’envi, se hâtaient, avertis par cet instinct merveilleux qui ne les trompe jamais, que l’hiver est proche et que la disette va venir.
Maître Jean, lui, n’était rien moins que tranquille; il se démenait sur sa branche comme un beau diable, et, murmurant des paroles entrecoupées, hérissant ses plumes, il semblait en proie à une violente colère.