Lorsque le vent fouette les toits;

Quand sous les pieds la glace crie,

L’arbre se plaint et l’Oiseau prie:

«Mon Dieu, ne nous délaissez pas

«Pendant l’hiver et ses frimas!»

(Ratisbonne.)

Il ne me fut pas possible de quitter de sitôt mes braves compagnons d’armes. J’étais devenu l’ami de tous; rien ne cimente l’amitié comme les dangers courus ensemble et la certitude mutuelle d’un courage à toute épreuve. Sylvie, mon amie dévouée, était toujours la même à mon égard, et nous aurions passé une douce vie si l’hiver, le triste hiver, n’était arrivé à grands pas.

Déjà, la pauvrette ne trouvait presque plus rien à picorer parmi les roseaux et les joncs, sa demeure habituelle; elle parlait de partir; et, au malaise qu’elle éprouvait, je voyais clairement qu’elle obéirait bientôt à un instinct qu’elle ne pouvait pas maîtriser. Les journées se suivaient tristes, sous le ciel gris; nos conversations ne prenaient pas une teinte plus gaie...

Un matin, j’appelai Sylvie... Je ne la trouvai plus!... Elle était partie pendant la nuit. Je la croyais, comme nous, libre de s’attacher au pays qui lui plaisait. Je fus ainsi désabusé.

Encore seul; seul!... Le lac et ses alentours me semblèrent plus tristes que jamais, avec leurs joncs séchés, bruissant sous la bise qui nous glaçait jusqu’aux os... Les plumes hérissées, le corps formant la boule, je restais des heures entières silencieux et mélancolique, abrité le mieux possible dans un petit buisson d’épines. Malheureusement ses dernières feuilles tombèrent une à une; le vent du soir ne rencontra plus d’obstacle... J’avais froid; j’eus souvent faim, j’étais bien malheureux!