—Elle vous aime?
—Beaucoup. Mais, vous l’avouerai-je, je suis las de la nourriture qu’elle me donne. Pauvre femme, si elle pouvait soupçonner cela, elle ferait tout au monde pour la changer. Mais, le pourrait-elle? Comment irait-elle me chercher les vers, les chenilles dont nous avons tant besoin pour contrebalancer l’influence funeste des graines sèches?... Vous le voyez, malgré les souffrances que j’endure, il me faut supporter mon mal et sourire aux efforts de son amitié. Je chante pour elle,... mais je pleure en dedans!
—Ce que votre maîtresse ne peut faire, d’autres l’essayeront peut-être...
—D’autres? Qui donc m’aimerait assez pour cela?
—Qui sait?... Au revoir!
—Vous me quittez?... Adieu! ne m’oubliez pas, vous dont le cœur s’est ému au récit du pauvre prisonnier.
Je partis et m’envolai vers la partie de la pépinière où les jardiniers établissent les couches sur lesquelles ils cultivent des fleurs. J’avais cru remarquer que là les vers étaient abondants, les larves et les chrysalides faciles à découvrir... Je ne me trompai point. Dix minutes après, je revenais à tire-d’ailes, apportant au prisonnier une pleine becquetée de vers frais et appétissants.
Je me posai sur sa cage, les laissai tomber à côté de lui et m’enfuis comme si j’avais commis une mauvaise action. Mais du haut d’un arbre voisin, je guettai mon ami... Son premier étonnement passé, il se jeta sur cette friandise, y fit honneur et, regardant de tous côtés, sembla me chercher pour me remercier.
—A demain! lui criai-je de loin en m’envolant.
J’avais le cœur content. Une bonne action rend toujours heureux!